{"id":695,"date":"2026-05-13T15:07:40","date_gmt":"2026-05-13T13:07:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.vitis-epicuria.com\/blog\/?p=695"},"modified":"2026-08-20T15:08:21","modified_gmt":"2026-08-20T13:08:21","slug":"le-renouveau-du-vignoble-bordelais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.vitis-epicuria.com\/blog\/le-renouveau-du-vignoble-bordelais\/","title":{"rendered":"Le renouveau du vignoble bordelais"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bordeaux change. Lentement, s\u00fbrement, profond\u00e9ment. Et c&rsquo;est peut-\u00eatre la meilleure nouvelle que la r\u00e9gion ait connue depuis plusieurs d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant longtemps, Bordeaux a \u00e9t\u00e9 prisonnier de sa propre grandeur. Un mod\u00e8le si reconnu, si structur\u00e9, qu&rsquo;il en \u00e9tait devenu quasi intouchable. Les hi\u00e9rarchies, les classements, les assemblages, les discours : tout semblait fig\u00e9, comme si la perfection avait \u00e9t\u00e9 atteinte une fois pour toutes en 1855 et qu&rsquo;il ne restait plus qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;entretenir. La r\u00e9alit\u00e9, climatique d&rsquo;abord, \u00e9conomique ensuite, a fini par forcer les lignes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Quand le climat rouvre le cahier des charges<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re br\u00e8che est venue du vignoble lui-m\u00eame. Depuis 2009, l&rsquo;<a href=\"https:\/\/egfv.bordeaux-aquitaine.hub.inrae.fr\/ressources\/dispositifs-experimentaux\/parcelle-vitadapt\" target=\"_blank\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/egfv.bordeaux-aquitaine.hub.inrae.fr\/ressources\/dispositifs-experimentaux\/parcelle-vitadapt\" rel=\"noreferrer noopener\">INRAE conduit \u00e0 Bordeaux le programme VitAdapt<\/a>, qui observe le comportement de plus de cinquante c\u00e9pages dans un contexte de r\u00e9chauffement. De ce travail est n\u00e9e une demande in\u00e9dite : autoriser \u00e0 Bordeaux des vari\u00e9t\u00e9s qui n&rsquo;y avaient jamais eu droit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 2021, l&rsquo;INAO a valid\u00e9 l&rsquo;int\u00e9gration de six vari\u00e9t\u00e9s dites d&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e0 fin d&rsquo;adaptation dans le cahier des charges des AOC Bordeaux et Bordeaux Sup\u00e9rieur. <strong>Quatre rouges : arinarnoa, castets, marselan, touriga nacional. Deux blancs : alvarinho et liliorila<\/strong>. Le petit manseng, \u00e9galement demand\u00e9, a \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9tail compte autant que le principe. Ces vari\u00e9t\u00e9s ne peuvent exc\u00e9der 5 % de l&rsquo;enc\u00e9pagement d&rsquo;une exploitation ni 10 % de l&rsquo;assemblage final, l&rsquo;exp\u00e9rimentation court sur dix ans renouvelable une fois, et leur nom ne peut pas figurer sur l&rsquo;\u00e9tiquette. Chaque exploitant doit signer une convention tripartite avec l&rsquo;INAO et l&rsquo;ODG, vinifier les lots s\u00e9par\u00e9ment et fournir des bouteilles pour le suivi organoleptique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rien de spectaculaire, donc, du point de vue des volumes. Mais le geste est consid\u00e9rable. L&rsquo;arinarnoa, croisement de tannat et de cabernet sauvignon obtenu par l&rsquo;INRA en 1956, est un c\u00e9page franchement tardif : \u00e0 Bordeaux, il a \u00e9t\u00e9 vendang\u00e9 cinq semaines apr\u00e8s le cabernet sauvignon. Le touriga nacional, colonne vert\u00e9brale des grands rouges du Douro, est lui aussi tr\u00e8s tardif et moins expos\u00e9 au gel de printemps. Le castets, enfin, n&rsquo;est pas un nouveau venu : c&rsquo;est un c\u00e9page girondin oubli\u00e9 depuis le phyllox\u00e9ra, peu sensible au mildiou, \u00e0 l&rsquo;o\u00efdium et \u00e0 la pourriture grise, qui refait surface apr\u00e8s plus d&rsquo;un si\u00e8cle d&rsquo;absence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On ne corrige plus le style. On rouvre la grammaire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les usages ont chang\u00e9, et Bordeaux s&rsquo;y adapte<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le second moteur du renouveau est plus difficile \u00e0 quantifier, mais tout aussi puissant : le buveur a chang\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;amateur d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, qu&rsquo;il soit collectionneur aguerri ou explorateur curieux, recherche de la buvabilit\u00e9, de la fra\u00eecheur, de la digestibilit\u00e9. Les vins tr\u00e8s extraits, tr\u00e8s bois\u00e9s, tr\u00e8s d\u00e9monstratifs s\u00e9duisent moins qu&rsquo;il y a vingt ans. Le march\u00e9 attend d&rsquo;autres profils : des rouges civilis\u00e9s, des blancs expressifs, des bulles fines et pr\u00e9cises. Ce qui, soit dit en passant, correspond assez exactement \u00e0 ce que Bordeaux savait faire avant la parenth\u00e8se des ann\u00e9es 1990 et 2000.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le cr\u00e9mant de Bordeaux illustre bien ce d\u00e9placement. Reconnu par d\u00e9cret en 1990, longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme une curiosit\u00e9 locale, il voit ses volumes progresser r\u00e9guli\u00e8rement, au point que le cahier des charges lui-m\u00eame le souligne. Les galeries creus\u00e9es dans les coteaux de la Garonne, avec leur hygrom\u00e9trie \u00e9lev\u00e9e et leur faible amplitude thermique, offrent des conditions de prise de mousse et d&rsquo;\u00e9levage que beaucoup de r\u00e9gions envieraient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus significatif encore : l&rsquo;arr\u00eat\u00e9 du 31 juillet 2025 a officialis\u00e9 l&rsquo;ouverture de l&rsquo;AOC M\u00e9doc aux vins blancs. Une appellation cr\u00e9\u00e9e en 1936 pour les seuls rouges accueille d\u00e9sormais des blancs sous son nom. Ce n&rsquo;est pas une invention marketing : la production de blancs y remonte au moins au d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle et atteignait encore 16 000 hectolitres en 1929, avant de s&rsquo;effondrer \u00e0 1 800 hectolitres en 1969. Ces vins repr\u00e9sentent aujourd&rsquo;hui moins de 2 % des volumes m\u00e9docains, domin\u00e9s par le sauvignon blanc compl\u00e9t\u00e9 de s\u00e9millon, muscadelle et sauvignon gris, avec une obligation d&rsquo;\u00e9levage partiel sous bois destin\u00e9e \u00e0 porter la salinit\u00e9 que donne la proximit\u00e9 de l&rsquo;estuaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une appellation qui reconna\u00eet une partie oubli\u00e9e de son propre pass\u00e9, c&rsquo;est l&rsquo;inverse exact d&rsquo;un vignoble fig\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les liquoreux cherchent une nouvelle route<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame<a href=\"https:\/\/www.vitis-epicuria.com\/fr\/recherche?controller=search&amp;s=sauterne\"> le Sauternais bouge<\/a>, et parfois l\u00e0 o\u00f9 on ne l&rsquo;attendait pas. En 2026, le Ch\u00e2teau Sigalas Rabaud, premier grand cru class\u00e9 de 1855 install\u00e9 \u00e0 Bommes, a pr\u00e9sent\u00e9 avec la maison Moderato une cuv\u00e9e liquoreuse d\u00e9salcoolis\u00e9e issue de son propre terroir de s\u00e9millon. Une premi\u00e8re pour un cru class\u00e9 de 1855.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le geste divise, et je comprends parfaitement les r\u00e9serves. Ce n&rsquo;est pas ma mani\u00e8re de boire, et l&rsquo;on peut l\u00e9gitimement s&rsquo;interroger sur la coh\u00e9rence d&rsquo;image. Mais on peut aussi y lire ce qu&rsquo;il est : la tentative d&rsquo;une famille de reconnecter un style de vin en difficult\u00e9 commerciale \u00e0 des usages qui ont chang\u00e9. D&rsquo;autres explorent des voies moins radicales, des liquoreux plus tendus, moins botrytis\u00e9s, plus digestes. Toutes ces pistes ne survivront pas. Elles ont le m\u00e9rite d&rsquo;exister.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une m\u00e9tamorphose sociologique<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui frappe le plus, quand on parcourt le vignoble aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est le changement de ton. Les jeunes vignerons bordelais s&rsquo;affranchissent de la peur de d\u00e9cevoir. Ils ouvrent leurs portes, exp\u00e9rimentent, racontent autrement. Ils assument les essais qui ne fonctionnent pas. Leur Bordeaux est vivant, curieux, discutable, et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui peut attirer \u00e0 nouveau la curiosit\u00e9 internationale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Bordelais ne renie pas sa tradition, il la r\u00e9interpr\u00e8te. Et cette nuance fait toute la diff\u00e9rence entre la d\u00e9cadence et la renaissance, entre la nostalgie et la cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9gion qui a longtemps incarn\u00e9 le classicisme du vin fran\u00e7ais devient, discr\u00e8tement, l&rsquo;un de ses laboratoires les plus int\u00e9ressants. C&rsquo;est un Bordeaux qui regarde le monde, et qui accepte enfin d&rsquo;\u00eatre regard\u00e9 autrement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chez Vitis Epicuria, c&rsquo;est exactement ce mouvement que nous suivons pour nos clients : identifier les propri\u00e9t\u00e9s qui bougent avant que le march\u00e9 ne les rattrape, et construire des caves qui racontent une r\u00e9gion vivante plut\u00f4t qu&rsquo;un classement fig\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Hugues<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bordeaux change. Lentement, s\u00fbrement, profond\u00e9ment. 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