Comment la Russie met l’industrie du luxe à genoux ?

Comment la Russie met l'industrie du luxe à genoux

Alors qu’elle ne représente que 2% des exportations mondiales de vin.

La crise que traverse actuellement le monde du vin n’est pas seulement conjoncturelle, elle est devenue structurelle et culturelle.

Elle combine en effet une chute durable de la consommation (inflation, perte de pouvoir d’achat, désintérêt des jeunes générations, montée de la mode du « sans alcool ») avec une surproduction importante, des contraintes climatiques et géopolitiques fortes, et une mutation des attentes sociétales.

Le marché se « bipolarise » avec une concentration attendue vers le haut de gamme (export, niches, prestige) face à l’effondrement du vrac et des vins de consommation courante.

Pour autant, le haut de gamme est également en crise avec un recul de ses principaux marchés comme la Chine, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et… La Russie.

Car si la Russie ne représente pas plus de 2% du commerce mondial du vin, elle pèse beaucoup plus lourd dans le haut du panier (grands crus, spiritueux rares, champagnes de prestige).

En effet, avant 2022, la Russie importait près de 350 millions d’euros de vins et spiritueux par an, dont les deux tiers en provenance de France, d’Italie, et d’Espagne.

Le pays représentait notamment un débouché très important pour le Champagne, les grands vins de Bordeaux et de Bourgogne, et le Cognac. Une partie de cette demande provenait directement des élites fortunées russes; oligarques, milieux d’affaires, diplomates, et clientèle des grandes métropoles (Moscou, Saint-Pétersbourg).

Les sanctions économiques liées à la guerre en Ukraine ont logiquement entraîné à la fois :

→ Un arrêt des exportations directes de nombreux producteurs et distributeurs européens

→ Des restrictions bancaires et logistiques (paiements, transport maritime, assurances)

→ Une désorganisation du circuit du luxe (interdiction de vente de produits > 300 € à destination de la Russie, selon les règlements européens)

Conséquence logique : la filière a perdu un marché solvable et prestigieux quasiment du jour au lendemain.

Certains négociants ou domaines exportaient jusqu’à 15 à 20% de leur production vers la Russie avant 2022.

Une partie de ces volumes a pu être réorientée vers l’Asie (Singapour, Corée, Japon) ou même vers le Golfe (Émirats, Arabie saoudite), mais le solde peine encore à trouver preneurs…

De même, des maisons comme Hennessy, Rémy Martin, ou encore Martell ont observé un recul significatif des ventes sur ce segment.

Et dans les grandes places européennes telles que Paris, Londres, Genève, Courchevel, ou Monaco, la clientèle russe constituait un socle important de consommation dans les restaurants gastronomiques et les palaces. Leur absence a un effet direct sur la rotation des vins et champagnes haut de gamme dans ces établissements.

Les stocks initialement destinés à la Russie ont donc contribué à saturer les entrepôts européens, augmentant ainsi la pression à la baisse sur les prix.

Certains importateurs russes ont bien tenté de contourner les sanctions via des hubs intermédiaires (Arménie, Kazakhstan, Dubaï), mais les volumes restent réduits et moins stables.

En clair, la disparition de la clientèle russe n’explique pas à elle seule la crise viticole actuelle mais elle aggrave la situation sur le segment des vins et spiritueux de luxe.

Cette perte a obligé la filière à diversifier ses débouchés, à repenser ses circuits de distribution, et à rééquilibrer ses cibles vers d’autres marchés solvables en Asie du Sud-Est, au Moyen-Orient, et en Amérique du Nord, mais le cadre économique et géopolitique localement ne permet malheureusement pas d’écouler les stocks…

Et vous, voyez-vous d’autres débouchés pour ce segment premium ?