Domaine Marc Sorrel : l’Hermitage en héritage

Domaine Marc Sorrel - Hermitage

Il y a des domaines qui n’ont jamais cherché la lumière et qui comptent pourtant parmi les plus recherchés de leur appellation. Le Domaine Marc Sorrel, à Tain-l’Hermitage, en est l’exemple parfait. Trois hectares, quatre générations, et des cuvées comme Le Gréal ou Les Rocoules que les amateurs de grands vins du Rhône septentrional s’arrachent chaque année.

Une famille de notaires devenue vigneronne

L’histoire des Sorrel sur la colline remonte à 1893. Les premières vignes sont plantées entre 1910 et 1915, et c’est en 1928 que Félix Sorrel, notaire à Tain-l’Hermitage, crée officiellement l’exploitation. Comme c’était l’usage à l’époque, la famille vend son raisin aux négociants locaux pendant plusieurs décennies.

Henri, le fils de Félix, notaire lui aussi, poursuit cette pratique jusque dans les années 1950, tout en plantant les premières vignes du Méal. Ce terroir deviendra le cœur battant du domaine. Il faut attendre 1979 pour qu’Henri décide de vinifier et de mettre en bouteille ses propres vins. Le premier acte d’une vocation viticole à part entière.

À son décès, Marc reprend les rênes en 1984 et fait le choix décisif de vinifier l’intégralité de la production. Il hérite de deux hectares remarquablement situés dans la partie centrale de la colline, qu’il complète par l’acquisition de parcelles sur Les Greffieux, Les Bessards et, en 1991, à Larnage, en Crozes-Hermitage. Sous sa conduite, discrète mais exigeante, le domaine devient une référence de l’appellation. En 2019, son fils Guillaume prend officiellement la suite.

Des terroirs parmi les plus prestigieux de la colline

Le vignoble s’étend sur 2,5 hectares d’Hermitage et près de 2 hectares de Crozes-Hermitage à Larnage. Sur la colline, les parcelles portent les noms que tout amateur connaît.

Le Méal, d’abord, cœur du cru, avec ses sols profonds de cailloutis argilo-calcaires et de sable, exposé plein sud à mi-coteau. Les Rocoules, terroir d’exception pour les blancs, qui mêle granite, loess calcaires, silices et galets. Les Greffieux et Les Bessards, puis Les Plantiers, un monopole familial peu connu situé au pied de la colline.

Ces terroirs granitiques bénéficient d’un microclimat méditerranéen protégé des vents du nord. Beaucoup de vignes dépassent les soixante ans, certaines atteignent le siècle. À Larnage, les terres blanches de kaolin donnent aux blancs une minéralité singulière.

Une philosophie non interventionniste

Guillaume Sorrel cultive selon les principes d’une viticulture raisonnée tendant vers le bio : labour des sols, refus des engrais artificiels. En cave, la règle est le respect absolu du fruit et du terroir. Fermentations spontanées par levures indigènes, vinification en grappes entières pour les rouges lorsque le millésime le permet, élevage de 18 à 20 mois en fûts, mais jamais de bois neuf pour ne pas marquer le vin. Les cuvées sont mises en bouteille sans filtration ni collage.

C’est une approche héritée de Marc, et qui explique pourquoi ces vins demandent de la patience. Si vous les achetez jeunes, la question de la conservation devient centrale.

Quatre Hermitage, deux Crozes-Hermitage

La gamme compte quatre cuvées d’Hermitage et deux de Crozes-Hermitage, en rouge et en blanc.

En rouge, l’Hermitage classique provient à 85 % des Plantiers et à 15 % des Bessards. Entièrement égrappé, élevé douze mois en fûts usagés, c’est un vin à la fois tendre et structuré, capable de traverser plusieurs décennies. Le sommet de la gamme est Le Gréal, assemblage de Syrah des deux lieux-dits Greffieux et Méal, avec 5 à 8 % de Marsanne coplantée dans les vieilles vignes. Produit à moins de 2 000 bouteilles par an, il déploie une texture veloutée et une profondeur exceptionnelle.

En blanc, l’Hermitage classique, 100 % Marsanne issue des Greffieux, offre fraîcheur et élégance aromatique. Quant au légendaire Les Rocoules, 90 % Marsanne et 10 % Roussanne issues de vignes plantées en 1928 puis complétées dans les années 1930 et 1950, il provient de l’un des plus grands terroirs à blancs de l’appellation. Un vin confidentiel, puissant, racé, d’une persistance phénoménale, conçu pour une garde de vingt ans ou plus.

Enfin, les deux Crozes-Hermitage de Larnage, élaborés avec le même soin, figurent parmi les plus beaux rapports qualité-prix de la vallée du Rhône septentrionale.

Guillaume et Julie, la quatrième génération

Guillaume et Julie, la quatrième génération

Guillaume Sorrel figure aujourd’hui parmi les vignerons les plus doués du Rhône Nord. Discret, méticuleux, il cultive avec sagesse les vieilles vignes héritées de quatre générations. À ses côtés, son épouse Julie joue un rôle actif dans la gestion du domaine.

Ensemble, ils perpétuent l’esprit d’une maison tournée vers l’authenticité et l’effacement, sans recherche du faste ni de la lumière médiatique. Avec cette idée, que je partage, que les plus grands vins naissent de la patience, du silence et de l’humilité. Pour qui souhaite constituer une cave de garde dans le Rhône, les Sorrel sont une évidence, au même titre que les Châteauneuf-du-Pape d’Henri Bonneau plus au sud.