Il y a des domaines qui font l’unanimité. Vincent Pinard, à Sancerre, en fait partie. Des blancs impeccables, des rouges trop souvent sous-estimés, et un rapport qualité-prix qui reste très raisonnable malgré une reconnaissance critique quasi unanime. Et depuis 2023, les frères Florent et Clément Pinard mènent en parallèle un second projet, Pinard Brothers, un micro-négoce déjà très prometteur.
Le domaine, à Bué
Installée à Bué, au cœur de l’appellation, la famille Pinard cultive la vigne depuis plusieurs générations. Vincent Pinard relance le domaine dans les années 1970. Ses fils Florent et Clément, arrivés respectivement en 2001 et en 2007, en ont fait l’une des références actuelles de Sancerre.
Le vignoble compte 17 hectares, dont 12,5 en sauvignon blanc et 4,5 en pinot noir. Il est conduit en agriculture biodynamique, sans certification, par choix. « Le vin se fait à la vigne, pas au chai », résument-ils. Pour comprendre ce que recouvre ce choix, j’avais détaillé la différence entre bio et biodynamie.
Une référence critique de l’appellation
La Revue du Vin de France l’avait surnommé « la Rolls Royce du Sancerre ». Le guide Bettane & Desseauve lui attribue 4 étoiles sur 5. En 2017, la cuvée Chêne Marchand 2014 a même été désignée meilleur sauvignon du monde lors d’une dégustation à l’aveugle. En toute simplicité.
Peu de domaines de l’appellation suscitent un tel consensus. C’est un point qui compte quand on cherche à choisir ses vins sans se tromper.
Des blancs d’une régularité remarquable

Les blancs du domaine se distinguent par leur constance, cuvée après cuvée : tension, minéralité, précision. Du Florès, plus immédiat, aux cuvées parcellaires comme Chêne Marchand, Grand Chemarin, Le Château ou Harmonie, chaque niveau de gamme est irréprochable.
C’est ce qui rend le domaine si rassurant pour l’amateur. On peut entrer par la cuvée la plus accessible et monter progressivement vers les parcellaires sans jamais être déçu. À la dégustation, ce qui frappe, c’est l’absence de toute lourdeur : les parcellaires gagnent en profondeur sans perdre la tension qui fait l’identité des sauvignons de Bué.
Un rapport qualité-prix qui reste raisonnable
Malgré cette reconnaissance et un niveau de précision digne des grands crus bourguignons, les prix restent étonnamment accessibles. La majorité des cuvées se situent entre 24 et 65 euros TTC chez les cavistes, et sensiblement moins chez certains spécialistes, dont Vitis Epicuria.
Pour la qualité livrée, c’est aujourd’hui l’un des meilleurs rapports qualité-prix de l’appellation. J’ai souvent écrit que le prix et l’appellation ne disent pas tout ; Pinard en est la démonstration.
Des rouges à la hauteur des blancs
Le domaine est trop souvent résumé à ses blancs. C’est une erreur. Les pinots noirs, comme Charlouise ou Vendanges Entières, vinifiée en vendange entière avec un élevage plus long, affichent une élégance qui n’a rien à envier à certains bourgognes, avec un vrai potentiel de garde de plus de dix ans. La cuvée Grands Champs rouge de Pinard Brothers a d’ailleurs séduit tout le monde chez Vitis.
Dans la Loire, ces rouges rejoignent pour moi la petite famille des cabernets francs d’un Yannick Amirault : des vins que l’on sous-estime par habitude et que l’on redécouvre avec étonnement.
Pinard Brothers, le nouveau projet des deux frères

En 2023, Florent et Clément Pinard lancent Pinard Brothers, un micro-négoce en parallèle du domaine familial. Le principe consiste à s’associer à quelques vignerons qui cultivent leurs parcelles en bio ou en biodynamie, sur de nouveaux terroirs autour de Sancerre. Une manière d’explorer au-delà des 17 hectares familiaux sans diluer l’exigence du domaine.
La vinification se veut minimaliste : levures indigènes, sans collage ni filtration, soufre réduit au minimum. Les premières cuvées confirment immédiatement le savoir-faire de la maison. On y retrouve la même précision, avec une énergie et une fraîcheur qui leur sont propres.
Pourquoi ce domaine mérite une place en cave
Un domaine qui réunit la constance, la reconnaissance critique, un prix encore sage et une nouvelle génération qui expérimente sans trahir : c’est rare. Pour qui souhaite bâtir une cave équilibrée, les blancs parcellaires de Pinard à boire sur cinq à dix ans et les rouges à garder davantage sont un socle sûr. Et si l’Anjou vous tente ensuite, le chapitre qui s’ouvre au Domaine du Closel à Savennières vaut le détour.




