Beaujolais : deux vins que tout oppose

Vins du beaujolais que tout oppose

Le Beaujolais souffre encore de son image

Tout le monde connaît le Beaujolais, y compris ceux qui ne s’intéressent pas spécialement au vin. Mais le connaître ne veut pas dire l’estimer. Pour beaucoup, le Beaujolais reste associé au Beaujolais nouveau, à ses dérives sur les rendements, à l’usage trop fréquent de produits chimiques et à cette caricature aromatique que certains dénoncent chaque troisième jeudi de novembre.

Je comprends cette réserve. Je l’ai partagée longtemps. Et pourtant, la région vit une vraie renaissance qualitative, que les amateurs de grands vins auraient tort d’ignorer.

Vignoble du beaujolais

Dix crus entre Mâcon et Lyon

Le vignoble du Beaujolais s’étire entre Mâcon au nord et Villefranche-sur-Saône au sud, à deux pas de Lyon. Il compte dix crus en AOP, de Saint-Amour jusqu’à Brouilly, dont le potentiel n’a rien à envier à celui de bien des appellations plus prestigieuses.

La différence avec la Bourgogne voisine tient d’abord aux sols. La Côte d’Or, avec ses terrains sédimentaires argilo-calcaires, a écarté le gamay pour privilégier le pinot noir. Le Beaujolais, lui, repose en grande partie sur des sols d’origine volcanique et des schistes, et c’est précisément là que le gamay retrouve une dimension que l’on a tendance à oublier : de la profondeur, de la tension et une capacité de garde que peu de gens lui prêtent.

Un certain nombre de domaines en ont déjà fait la démonstration et récoltent aujourd’hui des éloges mérités : Louis-Claude Desvignes, Marcel Lapierre, Jules Desjourneys, Yvon Métras, le Domaine du Vissoux ou le Château des Jacques. Mais d’autres sont moins connus et méritent qu’on s’y attarde. Je m’y suis remis récemment, et deux cuvées que je ne connaissais pas m’ont réellement surpris.

Deux vins que tout oppose, sauf le cépage et le plaisir. J’ai envie de les appeler le sauvage et l’aristocrate.

Le sauvage : Brouilly « Cuvée Y », Domaine Romain Jambon

Cuvée Y  Romain Jambon

Brouilly est le plus méridional des dix crus. La Cuvée Y de Romain Jambon est cultivée sur un sol de schistes et de roches volcaniques, avec des vignes d’une quarantaine d’années et, évidemment, 100 % gamay.

cultivée sur un sol de schistes et de roches volcaniques

La vinification suit une technique classique en Beaujolais : la macération carbonique. Les grappes ne sont pas pressées, la fermentation démarre à l’intérieur même du fruit, et c’est ce qui exhale ces arômes très fruités si caractéristiques de la région.

Le résultat est un vin plutôt léger, très agréable, dans un style qui se rapprocherait presque, d’une certaine façon, de la Bourgogne. Mais c’est aussi un vin à la personnalité très marquée, et potentiellement clivant. Il est cultivé en bio et s’apparente parfois aux cuvées dites nature : il a ses détracteurs comme ses amateurs fervents. Ce n’est pas un vin consensuel, et c’est justement ce qui le rend intéressant.

L’aristocrate : Fleurie « Clos des Bachelards », Château des Bachelards

Clos des Bachelards

Changeons de registre. Fleurie se situe plus au nord, entre Moulin-à-Vent et Morgon. Le Château des Bachelards est un très vieux domaine, dont les origines remontent au XIIe siècle, créé par les moines bénédictins de Cluny.

À l’intérieur du domaine, un clos de moins de deux hectares, détenu en monopole, porte le nom de Clos des Bachelards. Les vignes y ont entre 70 et 100 ans, soit bien davantage que celles de la Cuvée Y.

La vinification est à l’opposé de la précédente : égrappage total, pas de macération carbonique, une macération longue et un élevage sous bois sensiblement plus long, jusqu’à 22 mois. C’est cet élevage qui donne au vin son côté aristocratique, ses notes vanillées et une structure d’une grande noblesse.

À l’aveugle, je me suis fait complètement avoir. Ce 100 % gamay, je l’ai pris pour un cabernet franc de Loire, et pas le plus basique. C’est un grand vin, sensiblement plus cher que le premier, mais qui mérite d’être goûté au moins une fois dans sa vie.

Ce que ces deux bouteilles disent du Beaujolais

Deux crus, deux sols, deux philosophies de vinification. D’un côté la macération carbonique, le fruit immédiat, l’énergie un peu brute d’un vin bio. De l’autre l’égrappage, la macération longue, l’élevage patient et la structure d’un vin de garde.

Entre les deux, un seul cépage, le gamay, qui prouve qu’il n’est pas condamné au registre du vin de soif. Sur les bons terroirs et entre de bonnes mains, il peut rivaliser avec des appellations bien plus cotées, à des prix qui restent, pour l’instant, raisonnables.

C’est sans doute la meilleure raison de s’intéresser au Beaujolais aujourd’hui : la région offre encore ce que la Bourgogne n’offre plus, des grands vins de terroir accessibles, signés par des vignerons qui n’ont pas encore été rattrapés par la spéculation.

Par où commencer

Si vous voulez goûter du grand gamay, ou du gamay avec une forte personnalité, ces deux domaines sont une excellente porte d’entrée. Vous retrouverez notre sélection de crus du Beaujolais sur la boutique. Commencez par la Cuvée Y de Romain Jambon pour le fruit et la tension, puis passez au Clos des Bachelards pour comprendre ce que le gamay peut devenir avec du temps et du bois.

Et si vous hésitez entre les deux, ou si vous cherchez d’autres crus à explorer, n’hésitez pas à me poser la question. Le Beaujolais est une région que je redécouvre, et j’ai plaisir à en parler.

Avec modération, évidemment.

Hugues

FAQ : le Beaujolais et ses crus

Quelles sont les appellations du Beaujolais ?

Le vignoble compte douze appellations. Deux appellations régionales, Beaujolais et Beaujolais-Villages, et dix crus, du nord au sud : Saint-Amour, Juliénas, Chénas, Moulin-à-Vent, Fleurie, Chiroubles, Morgon, Régnié, Côte de Brouilly et Brouilly. Ce sont les dix crus qui portent la renaissance qualitative de la région.

Pourquoi le gamay donne-t-il de grands vins en Beaujolais ?

Parce que le sol lui convient. En Bourgogne, les terrains sédimentaires argilo-calcaires ont fait préférer le pinot noir. Dans le Beaujolais, le gamay pousse sur des sols d’origine volcanique et des schistes, qui lui donnent une tension et une profondeur qu’il n’a pas ailleurs. Avec de vieilles vignes et une vinification exigeante, il devient un vin de garde.

Qu’est-ce que la macération carbonique ?

Une technique de vinification classique en Beaujolais. Les grappes entières sont placées en cuve sans être pressées, et la fermentation commence à l’intérieur même des baies. Elle donne des vins très fruités, souples, à boire plutôt jeunes. C’est la méthode utilisée pour la Cuvée Y de Romain Jambon.

Un vin de Beaujolais peut-il vieillir ?

Oui, à condition de choisir le bon cru et la bonne vinification. Un Fleurie comme le Clos des Bachelards, égrappé, macéré longuement et élevé jusqu’à 22 mois sous bois, est construit pour la garde. Un gamay de vieilles vignes sur des sols de schistes ou de roches volcaniques peut dérouter à l’aveugle, au point d’être confondu avec un cabernet franc de Loire.

Par quel domaine commencer pour découvrir les crus du Beaujolais ?

Pour les noms établis : Louis-Claude Desvignes, Marcel Lapierre, Jules Desjourneys, Yvon Métras, le Domaine du Vissoux ou le Château des Jacques. Pour deux découvertes moins connues et très différentes l’une de l’autre : le Brouilly Cuvée Y de Romain Jambon et le Fleurie Clos des Bachelards du Château des Bachelards.